Questions fréquentes

Les travailleurs pairs sont-ils des travailleurs sociaux low-cost ?


« Parce que regardant les politiques sociales, notamment dans leurs évolutions en France et ailleurs d’une certaine façon, dans la manière dont on défait des acquis des droits sociaux et des services publics, on peut se demander si on ne fabrique pas, à l’intérieur de ses travailleurs pairs, un service public ou une intervention sociale low cost. Les choses étant posées de cette façon-là, il ne s’agit pas d’être critique, mais de comprendre ce que l’on produit. » Philippe WARIN, journée d’échanges sur le travail pair, 26 septembre 2016, IFTS d’Echirolles. Dans son ouvrage sur le travail social, Jeannine Verdès-Leroux, analyse l’émergence des différentes professions sociales comme un moyen, pour l’Etat, de contrôler une frange à chaque fois nouvelle des populations marginalisées. Au détour de cette analyse, le travail pair peut être appréhendé comme une extension du contrôle social de l’Etat : on « instrumentaliserait » les travailleurs pairs pour toucher des populations que les dispositifs sociaux échouent à mobiliser, tout en proposant un travail sous payé à des personnes en situation de précarité, donc potentiellement vulnérables. (Jeannine VERDES-LEROUX, Le travail social, 1978, Les Editions de Minuit). Le faible niveau de rémunération des travailleurs pairs, dans un contexte de gestion budgétaire contrainte, fait d'eux une menace pesant sur le travail qualifié et mieux rémunéré des travailleurs sociaux "classiques", et alimente les inquiétudes que nourrissent les corps professionnels établis face à un métier émergent qui pourrait à terme se substituer au leur. Or ce n’est pas le cas : le travailleur pair et le travailleur social n’interviennent pas de la même façon, et ne peuvent donc pas se substituer l'un à l'autre.




Embaucher des travailleurs pairs sur leur vécu n'est-il pas stigmatisant pour eux?


L'une des inquiétudes formulées le plus souvent par les acteurs que nous rencontrons est de renvoyer des personnes à leur passé en les embauchant comme travailleur(e)s pair(e)s. Il serait stigmatisant pour les travailleur(e)s pair(e)s d’être embauché(e)s sur leur vécu. Pour certains, il serait même « pervers de rémunérer quelqu’un sur la reconnaissance de son symptôme ». Est-ce que, finalement, ce ne serait pas enfermer les gens dans une « cage », dans une « étiquette », que de les embaucher sur la reconnaissance de leur passé ? C’est aussi ce que souligne le sociologue Mauricio Bergamaschi dans son étude sur les operatore pari (travailleurs pairs Italiens) : « Tant qu’il interviendra en qualité d’operatore pari, il ne pourra jamais se libérer du stigmate associé à son statut, qui contribue à la précarité de sa condition ». (BERGAMASCHI M., « Un passé qui ne passe pas : l’operatore pari dans les centres d’hébergement », issu de l'ouvrage collectif Au temps du sans-abrisme, aux Publications de l'Université de Saint-Etienne, p 381). On l’a dit, le travail pair fait référence à la mobilisation d’une expérience difficile et habituellement stigmatisée. Toutefois, si les représentations associées aux parcours mobilisés sont négatives, stéréotypées, jugeantes ("les fous", les "clochards", les "pauvres", les "tox", les "malades", les "putes"), quand on pose la question aux travailleurs pairs, voilà ce qu’ils répondent : « Est-ce que c’est stigmatisant d’être embauchée sur son vécu ? Mais pas du tout ! Je suis poly-toxicomane et bipolaire, et ça fait partie de moi.» Alison Symonds, travailleuse paire dans l’équipe Un Chez Soi d’Abord de Paris, intervention à Lyon le 26 janvier 2017 dans le cadre de la journée « Habiter et être accompagné ». « C’est tout à fait le contraire en fait. (…) C’est une cage qui est grande ouverte, je sais pas… Y ‘a pas de cage ! » Stéphanie Lagasse, patiente ressource (missions de pair aidance) au C3R, intervention au Centre Hospitalier Alpes-Isère le 22 mars 2017, dans le cadre de la semaine d’information sur la santé mentale. Finalement, la « restigmatisation » en germe que porterait l’embauche des personnes sur la base de la reconnaissance de leur vécu est surtout liée aux représentations et projections des professionnels "classiques" sur ces vécus et sur ces expériences. Les pairs eux, ne le conçoivent pas de cette manière. A la honte qu'imprime le stigmate a succédé, pour beaucoup, la fierté d'être ce qu'on est, bref: le renversement du stigmate. « Je vais fêter mes vingt ans de bipolarité. (…) Aujourd’hui je suis fière d’être bipolaire. » Usagère des services de psychiatrie, Semaine d’information sur la santé mentale, 22 mars 2017.




Faut-il être "rétabli" pour être travailleur pair ?


La question du rétablissement est centrale concernant le travail pair dans le champ de la santé mentale. Certains le citent comme à la fois une condition d’embauche des pairs (il faut être « rétabli » pour pouvoir être embauché en tant que travailleur pair) et à la fois comme une conséquence du travail pair (l’embauche puis le travail participerait au rétablissement des personnes, qui est un processus continu). Extrait de la présentation du rétablissement par Léo BLONDEAU, médiateur pair en santé mentale sur l’équipe d’Esplor, au CHS de Bassens (Chambéry) : "Le rétablissement est une notion relativement récente dans le domaine de la santé mentale. Elle a été portée en premier lieu par des associations d'usagers qui témoignaient de leur propre rétablissement parfois hors du système de soin en santé mentale. C’est une nouvelle manière de penser où l'on part du principe qu'il est possible de se rétablir de maladies réputées jusqu'alors incurables comme la schizophrénie ou la bipolarité." Dans le concept du rétablissement, il existe une différence entre guérir et se rétablir. Se rétablir, c'est aller vers son autonomie, un mieux-être, un apprivoisement de soi et de son état qui permet de "vivre avec" son expérience douloureuse. Selon Patricia DEEGAN, psychologue, pionnière de l’approche, et qui rend compte d’une capacité qu’elle a eu à se rétablir et à se maintenir dans ce processus : « Le rétablissement est un processus et non un point final ou un résultat. Se rétablir ne veut pas dire que l’on est « guéri » ou simplement dans un état stable. Le rétablissement est un processus de transformation au cours duquel on accepte ses limites et découvre en soi tout un potentiel de nouvelles possibilités. C’est là le paradoxe du rétablissement : en acceptant ce que nous ne pouvons pas faire ou être, nous découvrons qui nous pouvons être et ce que nous pouvons faire. Le rétablissement est un art de vivre. » Les parcours de rétablissement ne sont pas linéaires, et peuvent être faits d'avancées et de reculs successifs. Le rôle des professionnels n’est pas de « faire le rétablissement » mais de faciliter ce processus par leur posture et leur croyance dans les capacités des personnes à se rétablir : retrouver ses rêves, faire renaître l'espoir, lever les barrières internes et externes de stigmatisation. Le rétablissement est un processus social qui implique la famille, les amis, les pairs, les membres de la communauté, et les soignants. Ces derniers doivent voir leur rôle diminuer avec le temps. La notion de "rétablissement" ne fait pas sens, en revanche, pour les travailleurs pairs exerçant dans les domaines de la précarité et de l'accès aux droits : certains parlent de « stabilisation » de leur vie, mais ne se retrouvent pas dans la notion de rétablissement. Faut-il alors, quel que soit les termes qu'on emploie, être sorti de ses propres difficultés pour pouvoir être embauché en tant que travailleur pair ? Dans le champ de la santé mentale, être "rétabli" ou "en voie de rétablissement" constitue une condition sine qua non à l’embauche. Le problème posé par cette condition tient au flou qui entoure la notion de rétablissement et le "seuil" de rétablissement qui est censé être atteint... Dans le champ de la précarité, la question ne se pose pas de la même façon. Dans la mesure où les travailleurs pairs ne se reconnaissent pas dans la notion de rétablissement, la question à l’embauche est plutôt de savoir si la personne est apte au travail. Sur la question de "la sortie des pratiques" (consommation de produits stupéfiants, prostitution, etc.), les structures ne sont pas toutes du même avis. Certains considèrent que l’on doit être sorti des pratiques pour pouvoir exercer en tant que travailleur pair ; d’autres estiment que tant que la personne est apte au travail, elle est libre de vivre comme elle l’entend. C’est le cas des associations communautaires en milieu prostitutionnel par exemple, ou d’autres associations du champ de la précarité qui estiment que l’on ne demande pas aux salariés de leur rendre des comptes sur ce qu’ils font le soir après le travail; on n'a donc pas plus le droit de demander cela aux travailleurs pairs.




Quelle légitimité de l’expérience dans l'intervention sociale ?


Reconnaître une expérience de vie comme une compétence professionnelle… au nom de quoi ? Est-ce que tout professionnel n’a pas lui aussi son vécu ? Est-ce que chaque expérience n’est pas unique en soi? Est ce qu’il faudrait donc un travailleur pair par expérience de vie pour que celui-ci soit pertinent ? Est-ce qu’on peut réellement appuyer tout notre parcours professionnel sur une expérience de vie passée, au risque que cette expérience devienne obsolète ? Et finalement, est-ce qu’on peut être travailleur pair à vie ? Tout d’abord, il ne suffit pas d’avoir vécu une expérience pour pouvoir être travailleur pair : il faut avoir un certain recul sur cette expérience pour être en capacité de la mobiliser dans un accompagnement, il faut vouloir partager cette expérience sans pour autant systématiquement se raconter, … D’autres compétences sont également attendues selon le type de poste proposé (capacités d’écoute, d’accueil, etc.). Il ne s’agit pas non plus de n’importe quelle expérience : celle-ci est habituellement considérée comme stigmatisante ou difficile. On ne peut donc pas se revendiquer travailleur pair au titre de n’importe quel vécu. La présence d'un travailleur pair ne confisque pas la légitimité des autres professionnels à mobiliser leur vécu: chacun a son histoire, son expérience qui vient influencer le professionnel qu’il est. Pour autant, ces professionnels ne sont pas embauchés spécifiquement sur leur vécu: les travailleurs sociaux interviennent en premier lieu en qualité de travailleurs qualifiés. La question de savoir si on peut être travailleur pair à vie, renvoie quant à elle à l'idée que l’expérience de vie sur la base de laquelle le pair construit son intervention pourrait finir par "se périmer", devenir lointaine, éloignée de réalités changeantes avec le temps, obsolète. En premier lieu, les expériences de vie liées au savoir expérientiel sont marquantes, "dures" : on n’oublie pas cinq ans de vie à la rue en seulement quelques années. On notera qu’à l’inverse, on se pose moins souvent la question de la légitimité du savoir académique, dans le cas par exemple d’un travailleur social qui ne fait pas de formation continue. Sa légitimité s’appuie certes sur une formation, mais elle est aussi datée. D’autre part, la question se pose très peu en pratique. Les structures travaillant depuis longtemps avec des pairs (y compris en CDI) notent que ceux qui ne se reconnaissent plus comme « pairs » (évolution des pratiques, éloignement de l’expérience, …) choisissent d’évoluer professionnellement : soit dans le même champ d’intervention en suivant une formation, soit dans des champs complètement distincts.





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